Des Blancs et des Noirs

Patrick Le Nouène, Conservateur en chef du patrimoine, directeur des musées d’Angers, France

Marie-Noëlle a le sens de l’espace, du lieu de la sculpture. En Anjou elle a ainsi disposées d’énormes monolithes schisteux rapidement délités dans la nature. Elle a vu ces blocs dans la carrière où ils ont été extraits, les a reconnus et sut là où ils devaient être. Ils ont trouvé leur place. L’espace et la nature ont eux aussi trouvé leur place par rapport à eux. Et c’est bien cela l’essentiel de la sculpture, habiter un lieu, s’insérer avec modestie et force dans l’esprit du lieu. Le projet était ambitieux, mais la réussite est là, du à la fois à l’effacement du sculpteur, à la force des matériaux choisis qu’elle a laissés vivre le plus librement possible. Face à ces sculptures, aucune incongruité, au contraire, un grand sens de l’évidence. Elles sont là dans ce paysage d’Anjou, telles des stèles dressées dans l’air ou des tables alanguies se perdant avec le sol et l’histoire de ce paysage. Marie-Noëlle travaille le schiste ardoisier de différentes manières, parfois elle le préserve presque brute, d’autres fois elle fend des blocs d’un geste simple, ancestrale et précis, les délite, recherche des surfaces, des effets de surface, crée des tentures minérales, les rapproche. Parfois elle joue sur le vide qui s’instaure entre les deux faces d’un même bloc. Parfois aussi les assemble, tels des modules. Marie-Noëlle est aussi heureuse ailleurs, très loin, dans d’autres hémisphères, dans d’autres continents, là elles travaille les os des grands mammifères marins. Elle joue des oppositions entre le schiste et ces os, deux matériaux, deux textures, deux couleurs, les noirs de l’un et la blancheur poreuse de l’autre. Sculptures enracinées mais aussi sculptures nomades, qui témoignent, qui interpellent, qui rapprochent les noirceurs sorties des entrailles de la terre à la blancheur issue des profondeurs océanes, d’un temps si près et si loin peut-être, déjà.