Au Finistère Espagnol, il existe un site où l’on peut croire voir du bois pétrifié sortant du sol. Marie-Noëlle Relecom s’est rendue dans cette région et elle s’est aperçue très vite par la forme et par la texture des éléments qu’il ne s’agissait ni de bois, ni de pierre mais d’ossements de grands cétacés rejetés par la mer au cours des derniers siècles. L’idée lui est venue de sauver ces matériaux en témoignage de son respect de la nature et des espèces vivantes. Dans le domaine de la sculpture, le choix du matériau n’est jamais innocent. Si l’idée prévaut sur la matière, le sculpteur choisira ce qui est le plus adéquat. Hors, depuis le quattrocento, le rôle de l’artiste était d’imposer son savoir par la maîtrise de la matière. C’était d’ailleurs principalement sur ce critère que les amateurs d’art jugeaient de la manière ou, plus communément aujourd’hui, du style de l’artiste. Au XXème siècle, les artistes sont sortis des ateliers et du « système des Beaux-Arts », pour s’intéresser non seulement à l’univers qu’ils créent mais aussi au monde déjà créé qui les entoure. L’acte de sculpter s’en est trouvé profondément modifié et la forme de certains objets trouvés s’est imposée telle quelle aux artistes.

A l’instar du sculpteur de pierre, qui à la découverte d’un fossile dans son bloc, s’aperçoit que cette matière inerte contient un témoin de la vie, Marie-Noëlle Relecom a très vite pris conscience de la charge de sens que contenait le plus petit élément d’un squelette de grand cétacé. La convergence des mythologies individuelles avec le potentiel de déclenchement de conscience que provoque cette rencontre générera toujours une foule de pensées aussi profondes que les majestueux abysses océaniques. Marie-Noëlle Relecom a conscience de la perception que nous avons de ces animaux et les éléments se sont imposés à elle et par leur matérialité et par leur forme. Son travail d’artiste s’est donc concentré sur la réification par l’assemblage de certaines parties d’un tout, pour faire naître un nouvel objet organique porteur de sens. Sa sensibilité la conduit à différentes approches. Lorsque la particularité de la matière l’emporte, elle intervient par une coloration transparente. La forme et la grandeur sont elles aussi souvent perçues comme des messages potentiels. Et l’interprétation en plâtre, aluminium ou bronze de certaines formes et structures servent aussi le discours de MNR dans son projet général de sérénité. Parfois elle procède à la modification par une élimination de matière quand l’objet, trop abîmé par l’usure du temps, ne parle plus de l’animal dont il faisait partie et la nouvelle existence propre est donnée par le dévoilement de la forme qu’il arborait déjà, mais trop discrètement.

D’autres découvertes sur les rivages de la Patagonie vont étayer son propos. Les assemblages d’os ne reposent pas sur un socle ou sur un pied métallique, mais sur une pierre. L’élément minéral mis en rapport avec les vestiges les plus durables du plus grand animal de la planète bleue nous met en présence d’une mémoire séculaire solide et visuelle. La terre et la mer sont là présentes devant nous.

La pierre de lave vient du centre de la terre, certains minéraux montrent leur origine géographique, d’autres ont des propriétés énergétiques et les météorites sont elles, témoins de l’univers. Toutes ces pierres prélevées ça et là, au hasard des voyages sont mises en relation par le moyen de l’assemblage avec les os des animaux les plus grands, les plus majestueux mais aussi les plus énigmatiques connus dans l’univers. Ces œuvres minérales et organiques vous transporteront dans les secrets de l’univers que chaque femme porte au plus profond d’elle-même : la genèse.

Etienne Tilman