LE GESTE PRIMORDIAL

Claude d’Anthenaise, Conservateur du Musée de la Chasse et de la Nature, Paris, France

Pour Marie-Noëlle de La Poype, la nature est belle par elle-même et n’a pas besoin d’être enrichie par l’art. Aussi, dans son travail, elle procède de manière singulière. Ayant toujours été passionnée par la démarche archéologique, elle collecte des fragments de nature, ossements de cétacés, morceaux d’ardoise, qu’elle se contente de pour l’essentiel de placer en situation, en leurs apportant le minimum de modifications.

En agissant de la sorte, il semble qu’elle retrouve le geste artistique primordial. Celui qui, bien avant les peintures pariétales, traduit le questionnement des premiers hommes, leur regard porté sur le clivage étonnant d’une pierre ou sur les étranges rejets de la mer. Celui qui les conduisit à ériger, l’un sur l’autre, les galets sur la grève vain défit d’une verticale incertaine opposée au mystère infini des eaux, quête de permanence face à l’écoulement du temps. Dans leur extrême dénuements, les oeuvres de Marie-Noëlle de La Poype rejoignent la spiritualité des cairns. Elles ont le secret des pierres qui chantent et communiquent le vertige des espaces insondables et des durées immenses.